










Décoffrer une semelle, arracher des pointes, soulever une dalle, déplacer une pierre ou une poutre lourde : sur un chantier de maçonnerie, une grande partie du travail se fait au levier. Les pinces à décoffrer et barres à mine démultiplient l’effort de l’opérateur et lui permettent de déplacer, d’écarter ou de soulever ce qu’il ne pourrait jamais bouger à la main. Forgées en acier, elles encaissent des efforts considérables sans plier, et se frappent au marteau quand il faut engager l’extrémité dans un joint serré.
Chaque outil a sa forme, et chaque forme a son usage.
La pince à décoffrer, en col de cygne, est l’outil du coffreur. Son extrémité plate se glisse entre la planche et le béton, et sa courbure fait office de point d’appui pour décoller le coffrage sans forcer. Elle sert aussi à arracher les pointes des planches de coffrage, qui pourront resservir. Une forme étudiée dégage la main de la pièce travaillée, ce qui évite de se blesser contre le béton quand le coffrage cède.
Le pied de biche plat, plus court, intervient sur les travaux fins : déclouer une planche, soulever une plinthe ou un parquet, retirer des agrafes. Son bord biseauté s’engage sous une tête de clou, et sa languette renforcée peut être frappée au marteau pour pénétrer dans un assemblage serré, sans se déformer.
La barre à mine, longue et de forte section, travaille en terrain : creuser une terre dure ou caillouteuse, déchausser une pierre, briser un sol compact, soulever une plaque lourde. Elle combine souvent une pointe d’un côté et un ciseau de l’autre. Sa section hexagonale, plus difficile à rouler, offre aussi une meilleure prise. La pince à talon, enfin, sert à positionner et déplacer des charges lourdes : son talon forme un point d’appui au sol qui permet de riper une pierre de taille, une bordure ou un élément de coffrage, centimètre par centimètre.
Le décoffrage ne se fait qu’une fois le béton suffisamment durci, selon le délai prévu pour l’ouvrage et la saison. Engagez la pince à la jonction entre planche et béton, de préférence au niveau d’un raidisseur, et faites levier progressivement, en plusieurs points, plutôt que d’arracher la planche d’un seul côté : on évite ainsi d’écorner une arête fraîche. Une cale de bois sous le point d’appui protège le parement du béton et la planche, qui pourra être réutilisée avec ses accessoires de coffrage.
Pour engager une pince ou un pied de biche, frappez uniquement sur la zone prévue, avec un marteau ou une massette, jamais avec une autre barre ou un outil qui n’est pas fait pour la frappe. Ne vous placez pas dans l’axe du levier : si la prise lâche, la barre part brutalement. Portez des gants, des lunettes contre les éclats et des chaussures de sécurité. Choisissez enfin la longueur selon l’effort : plus la barre est longue, plus le levier est puissant, mais plus elle demande de place pour travailler.